5. (Original Mois Benarroch)

En mi exilio
no puedo vestir mis palabras
el lenguaje no tiene sentido
no tiene dirección
mando cartas que no llegan
a amantes que no me conocen

En mi exilio
suenan palabras sueltas
palabrotas mil veces dichas
palabras dichosas
acariciando mis corazones
pero nadie las entiende

Son como una película
sin sonido
como una foto sin flash
como una ciudad desierta
como los zapatos nuevos
de un muerto

Las palabras
que me hablan
no hablan a los demás
las palabras que me persiguen
se rinden sin combate
sin intentar imponerse
sobre palabras de otros

tengo miedo
y me escapo

No tengo hambre
y como

no tengo sueño
y duermo

y en mis sueños
río a carcajadas
hasta que se despierta
mi mujer
en ellos
veo otras vidas posibles
pero no vividas
otras vidas riojas
llenas de risas

que son un río
que no llega al mar
y es el mar
Oh amor
es el mar
el que me da aire.

5. (Version française Rosa Ramos)

Dans mon exil
je ne peux pas habiller mes paroles
le langage n’a pas de sens
n’a pas de direction
j’envoie des lettres que n’arrivent pas
a des amants que no me connaissent pas

Dans mon exil
sonnent des paroles lâchés
des gros mots dits mille fois
sacrés paroles
caressant mes coeurs
mais personne les comprends

Elles sont comme un film
sans son
comme une photo sans flash
comme une vile desserte
comme des nouvelles chaussures
d’un mort

Des paroles
qui me parlent
elles ne parlent pas aux autres
les paroles que me poursuivent
elles se rendent sans combat
sans essayer de s’imposer
sur les paroles d’autres

j’ai peur
et je m’enfouis

Je n’ai pas faim
et je mange

je n’ai pas sommeil
et je dors

et dans mes rêves
je ris aux éclats
jusqu’à ce que ma femme
se réveille
en eux
je vois d’autres vies possibles
mais pas vécues
d’autres vies riojas
pleines de rires

que sont un fleuve
que n’arrive pas à la mer
et c’est la mer
Oh amour
c’est la mer
celui que me donne l’air.

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4. (Original Mois Benarroch)

Yo soy el idiota
que quería volver
por las huellas
dejadas en el barro

las lluvias pasaron y
ahora miro
la arena
como un loco
hablando
de un caballo de oro

miro mis ojos
llorando como una viuda virgen
una hora antes de morir
que su marido
murió dos horas después de la boda

cuando era niño
miraba las matrículas de los coches
sustraía o juntaba los números
para convertirlos en números capicúas

me parecía un acto inevitable

siempre intentaba
volver por el mismo camino
por el que había ido

el mundo dependía de mis pasos
adolescente miraba a las chicas
como caminos
sin vuelta
sus cuevas me asustaban
ellas temían
mi inmediata intensidad.


Volví
en un avión
pero tenía poco sentido
no volver por el camino
de la ida


volví
y vi algunas de las huellas
en el mar entre las costas
de la adolescencia perdida
las huellas tomaron forma
de brontosaurios
los arqueólogos
no podrían imaginar
que eran mías

Volví

y allí estaba mi amor
buscando mis huellas
dejando las suyas
sin poder volver a las mías
esa mujer que siempre me sigue
que es mi sombra
siempre a una calle de mí


Volví
y sí
era mi casa
eran mis pasos
era yo
sólo los cielos
habían cambiado
las madrugadas
se arrugaron
El alba
se parecía a mi padre
y el sol amaneciendo
tenía los ojos de mi hermano
muerto al fin del camino
infinitamente volviendo
a su origen.

Háblame
por favor
pedí a mi padre
convénceme
por favor
hermano
dime
que las huellas
que estoy hoy dejando
en mis palabras
que la sombra de mis poemas
tienen sentido.

4. (Version française Rosa Ramos)

Je suis l’idiot
que voulait revenir
à cause des traces
laisses dans la boue

les pluies ont passé
maintenant je regarde
le sable
comme un fou
parlant
d’un cheval en or

je regarde mes yeux
pleurant comme une veuve vierge
une heure avant mourir
que son mari
est mort deux heures après le mariage

quand j’étais enfant
je regardais les plaques des voitures
j’en soustraie ou assemblait les numéros
pour les convertir en numéros palindromes
me semblait un acte inévitable

j’essayai toujours
de revenir par le même chemin
par lequel j’étais parti

le monde dépendait des mes pas
adolescent je regardais les filles
comme des chemins
sans retour
leur grottes me faisaient peur
elles redoutaient
mon intensité immédiate.

Oui
je suis revenu
en avion
mais n’avait pas trop de sens
ne pas revenir par le chemin
de l’allée

Oui
je suis revenu
et j’ai vu certaines traces
dans la mer entre le bords
de l’adolescence perdu
les traces on pris forme
de brontosaures
les archéologues
ne pouvaient pas imaginer
qu’elles étaient à moi

Je suis revenu
Oui
et mon amour était là
à la recherche de mes traces
laissant les siennes
sans pouvoir revenir aux miennes
cette femme que me suit toujours
que est mon ombre
elle est toujours à une rue de moi

Oui
Je suis revenu
et oui
c’était ma maison
c’étaient mes pas
c’était moi
seulement les cieux
avaient changé
les petits matins
se sont froissé
L’aube
ressemblait mon père
et le soleil se levant
avait les yeux de mon père
mort à la fin du chemin
infiniment revenant
à son origine.

Parle moi
s’il te plaît
demandes a mon père
convainques moi
s’il te plaît
frère
dis moi
que les traces
que je suis aujourd’hui
en mes paroles
que l’ombra de mes poèmes
on de sens.

3. (Original Mois Benarroch)

En mi exilio
con mi túnica
mis metralletas
mis fortunas
mis pistolas
mis negaciones
mis abstracciones
mis memorias
mis olvidos
mil recuerdos
mil nombres
mil consuelos
mil regaños
mil años
en mi exilio
maletas llenas de juguetes
maletas con asas rotas
en mi exilio
manos extendidas hacia mí
para desaparecer de pronto
zapatos no calzados
de pies no andados
en mi exilio
extraterrestre
en mi exilio
lleno de aviones
de barcos
de carreteras
lleno
de caminos anclados
en casas desaparecidas
en mi exilio
rezando y en cada poema
encontrando
otra casa y otro exilio
otro cariño
súbitamente congelado
mi exilio
es una memoria
mil veces borrada
inflada hinchada
explotada destruida
y mil veces
vuelve a flotar
desde el fondo del mar.

3. (Version française Rosa Ramos)

Dans mon exil
avec ma tunique
mes mitraillettes
mes fortunes
mes pistolets
mes négations
mes abstractions
mes mémoires
mes oublis
mille souvenirs
mille noms
mille consolations
mille réprimandes
mille ans
dans mon exil
valises pleines de jouets
valises avec des anses cassées
dans mon exil
mains tendues vers moi
pour disparaître bientôt
chaussures non chaussés
de pieds non marchés
dans mon exil
extraterrestre
dans mon exil
plein d’avions
des bateaux
des routes
plein
de chemins ancres
en maisons disparues
dans mon exil
priant et dans chaque poème
trouvant
un autre maison et un autre exil
une autre amour
subitement congelé
mon exil
est une mémoire
mille fois effacé
insufflé gonflé
exploité détruite
et mille fois
il à flotté
depuis le fond de la mer.

Tercera parte:
Mi exilio mi casa

1.

En mi exilio
las olas no tienen espuma
la orilla no tiene arena

En mi exilio
las horas tienen
mil minutos

En mi exilio
como un amputado
me rasco un dedo
que ya no existe

En mi exilio
los árboles no tienen raíces
y cada viento los hace caer
las casas no tienen techos
las lluvias penetran mi piel
llueve sobre mi Corazón
sobre mi estomago
sobre mis riñones
y sobre mis intestinos

En mi exilio
el sol me quema
los grados son grandes
como medias lunas

En mi exilio
mis hijos me hablan
en lenguas sagradas
que me suenan ajenas
mi mujer me pregunta
si quiero un té
si quiero salir
pero las calles
se vuelven
cada día más

salones volantes
sobre mares tempestuosos

En mi exilio
cuanto más soy yo
más ajeno soy a los otros
cuanto mejor me siento
más extranjero parezco

En mi exilio
ojos me miran
me señalan
me apuntan
en sus cuadernos

poetas
escriben sobre mí poemas
y no entienden de qué hablo

En mi exilio
personal
imaginado
y amputado
sagrado y malvado
las hojas
no caen en otoño
el invierno nunca se acaba

En mi exilio
extirpo memorias
para volver a crearlas
para poder
hacer camino
a una carretera
en la que la meta
se alarga
cada kilómetro viajado
se hacen dos para llegar

Es un camino exiliado
perdido entre dos ciudades
que quieren y no pueden
volver a ser habitadas.

Troisième partie:
Mon exile ma maison
(Version française Rosa Ramos)

1.

Dans mon exil
las vagues n’ont pas d’écume
le bord de mer n’a pas de sable

Dans mon exil
les heures on
mille minutes

Dans mon exil
comme un amputé
je me gratte un doigt
qui n’existe plus

Dans mon exil
les arbres n’ont pas de racines
et chaque vent les fait tomber
les maisons n’ont pas de toit
les pluies pénètrent dans ma peau
il pleut sur mon Coeur
sur mon estomac
sur mes reins
et sur mes intestins

Dans mon exil
le soleil brûle
les degrés sont grands
comme des demi lunes

Dans mon exil
mes enfants me parlent
dans langues sacrés
que je sens étrangères
ma femme me demande
si je veux un té
si je veux sortir
mais les rues
deviennent
à chaque jour plus

des salons volants
sur mers orageuses

Dans mon exil
plus je suis moi
plus étrange je suis pour les autres
quand je me sens le mieux
plus étranger je semble

Dans mon exil
des yeux me regardent
me signalent
me marquent
dans leurs cahiers

poètes
écrivent sur mes poèmes
et il ne comprennent pas de quoi je parle

Dans mon exil
personnel
imaginaire
et amputé
sacré et méchant
les feuilles
ne tombent pas en automne
l’hiver ne finit jamais

Dans mon exil
j’extirpe des mémoires
pour les recréer
pour pouvoir
faire un chemin
qui soit route
dans laquelle le but
s’allonge
chaque kilomètre devient deux
en voyageant
pour y arriver

C’est un chemin exilé
perdu entre deux viles
qui veulent et ne peuvent pas
être habités à nouveau.